mardi 2 juin 2009

ACTE I : FAITES VOS JEUX - SARAH VENTURI A COEUR OUVERT AU CERCLE CLICHY MONTMARTRE

L'actrice plasticienne Sarah Venturi (née en 1973, école d'art d'Avignon, Université Paris 8) s'expose à coeur ouvert

- du 1er avril au 3 juillet 2009 au cercle Clichy-Montmartre, 84 rue de Clichy (métro place de Clichy).


Visite du lundi au dimanche le matin sur rendez-vous

contact : 06 64 82 25 02

Mail : sarah-venturi@hotmail.fr


"Mon travail se concentre sur trois axes entre lesquels il y a continuité d’information et de réflexion : le dessin, la photographie et l’action qui engage directement le corps de l’artiste. Ils adoptent pour la plupart le principe de séries qui sont menées depuis plusieurs années, avec la flânerie et le hasard comme pulsation.
La pratique s’articule avec une réflexion sur le corps et le jeu, confrontés et risqués ensemble de façon radicale.

L’exposition « Acte I Faites vos jeux », présentée au Cercle Clichy Montmartre de Paris, s’inscrit dans cette démarche.

Le cercle Clichy Montmartre est un lieu mythique du jeu et plus encore du billard. En fonction depuis 1920, s’y côtoient les plus grands champions de billard français et américains. C’est là que j’ai choisi de vous présenter pour la première fois mon jeu d’as de cœur, constitué à ce jour de 220 as (technique mixte –feutre, encre, aquarelle…- sur papier). Aussi, le 1er avril dernier, le temps de l’ouverture de l’exposition, de 18h à minuit, je m’ex-peausais endormie par somnifère sur le billard n°8, pour l’action « Passer sur le billard », en écho à l’expression de ce nom, dont l’origine nous ramène à la bataille de Sedan, lors de laquelle les billards furent réquisitionnés comme tables d’opération.

Place Clichy, le 1er avril, les visiteurs et les joueurs se rencontrèrent et se mêlèrent donc autour d’un jeu d’as de cœur et d’un corps endormi, celui d’une femme qui « passait sur le billard à cœur ouvert ».

Le jeu d’as de cœur


L’as de cœur, carte de l’amour, carte du 1 solitaire qui porte en lui le 2 du duo, du couple, diastole et sistole du cœur humain. Carte la plus forte ou la plus faible, la plus fière ou la plus humble, l’as bat toutes les cartes dans une bataille alors que dans une partie de baccara ou de scopa il ne vaut rien. De même qu’au tarot on l’appelle le « petit ». Avec lui je joue des mots - « cœur serré » dans un serre-joints, tas de cailloux pour « cœur de pierre », mot cœur moqueur, rot cœur rockeur quand il s’échappe de ma bouche… Ses formes ventrues peuvent en épouser mille autres, alors il devient fesses, seins, visage, vulve ou goutte de sang, comme celui du Christ que recueillait le Saint Graal. Cœur en coupe, coupe à cœur, les cœurs sont d’ailleurs remplacés par des coupes dans les naipes (cartes espagnoles). Dans tous les courants spirituels, le cœur, comme l’as, porte en lui la notion de centre : trône de Dieu chez les musulmans, demeure de Brahma chez les hindous, siège de l’intelligence et des intuitions dans les civilisations traditionnelles, unique viscère des cadavres, conservée dans l’Antiquité égyptienne, pour aller sur la balance des Dieux. « Sacré cœur » !

Si je place mon cœur dans la nature, il devient arbre, nuage ou artichaut. Une tête de serpent, une armée de fourmis rouges en prennent les contours… Un corbeau le vole sous la forme d’un fromage, un rouge-gorge y guide le dessin de son plumage. Ses oreilles et sa pointe ressemblent à celles que dessine sur mon front l’implantation de mes cheveux. Alors je me faufile dans les dessins et je deviens clown… Je change de masque et je deviens gland… Je pose ma tête sous un sein et je retranscris son tam tam. « Tam tam tam … » comme on ferait « Toc toc toc …». C’est bien ici le Siège des sentiments ? Oui mais c’est justement pas toujours tendres les sentiments. Démon ou poison, je l’achève au bout d’une lame et quand il ne sait plus rire, j’en fais un suicidé au bout d’une corde.

Voyage, message ou oracle, chaque as de cœur s’offre comme support de rêverie. Le jeu complet peut permettre d’interroger son cœur, se feuilleter comme un livre, se distribuer en messages pour emmener l’autre sur la carte du tendre ou d’autres cartographie.


Acte I Faites vos jeux


Au Cercle Clichy Montmartre, les as de cœur s’organisent en adoptant le schéma du labyrinthe, une réussite ou patience se jouant en solitaire avec un jeu de 52 cartes. Un labyrinthe est suspendu à chacun des sept miroirs de la salle de billard français (la plus ancienne). Le miroir lui sert ainsi à la fois de table de jeux, de cadre de scène et d’outil de lecture, puisque révélant au spectateur la face cachée de chacune des cartes. Le jeu des reflets et des lumières propre à l’objet, ajoute à la mise en abyme des « labyrinthes » qui mêlent dessins originaux, copies, doubles dos… etc...


Tous les objets participant au dispositif de cette exposition – miroirs, barres de suspension, fourrure, roses, lapins en chocolat… sont des échos à la symbolique de l’amour comme ils le sont de toute l’histoire de la vanité et de la vacuité.



Sarah Venturi

(c) photographique Sarah Venturi

lundi 1 juin 2009

Anselm Kiefer - Souvenir d'une exposition

Il n’y a rien d’autre à faire, face à l’œuvre d’Anselm Kiefer, que de se taire et de privilégier l’instant face au silence dominant le seuil d’un monde, à priori, désolé.
Il est presque évident de laisser régner ce Silence préservé, comme l’évocation de ce que ces œuvres inspirent à nos yeux égarés, perdus dans l’air qui circule autour de ces blockhaus stratifiés, désaffectés, ouverts sur le vide, pénétrés par des souffles silencieux et muets, transportant avec eux des bribes littéraires mélodiant l’essentiel.
Comme toujours, je me moque bien et je me suis, d’ailleurs, bien gardée de lire quoi que ce soit avant de me rendre au Grand-Palais. Il me semblait nécessaire d’entrer vierge de tout jugement préfabriqué pour laisser mon cœur s’imprégner du sentiment provoqué face aux œuvres et surtout, de me laisser le temps de prendre conscience de ce que je ressentais. Je n’ai pas envie d’expliquer les œuvres par l’homme, d’intellectualiser nerveusement, de contextualiser de manière épileptique. Ce serait « éponger » l’œuvre de ses poussières, de ces « poussières d’étoiles » dont elles sont encerclées, gardiennes microscopiques de leur fragile équilibre.

A priori, froidement, de visu, c’est quoi Kiefer ? Du béton, des blockhaus, de la terre, des cailloux, des herbes sèches, de la peinture qui rappelle dans sa texture le charbon de bois. C’est lourd et lourdement posé sur le sol, planté là, comme si ces « installations » venaient de tomber de nulle part mais surtout revenaient d’avant, d’hier pour tenter de repartir à zéro.
Kiefer, c’est l’Allemagne, sa triste et sombre histoire, la guerre, mais son envie d’obtenir l’approbation mondiale pour pouvoir chanter sur les ruines de ses défaites et recommencer à respirer. A quoi bon creuser dans ce sens, de toute manière ? Le livre brûlé est suffisamment éloquent.
Mais voilà, ce qui soudainement et miraculeusement se passe dans un fragment de conscience…Les livres ont été préservés pour le renouvellement. Si on les touche, ils s’effriteront davantage, les équilibres fracturés peuvent se rompre encore, créer de nouvelles brisures et les agencements, les « compilations » à priori chaotiques, révèlent finalement une harmonie, celle du vide confronté à la densité des matières, une harmonie tout d’abord cacophonique puis de plus en plus mesurée, tempérée, jusqu’à en devenir exceptionnellement maîtrisée.
Rien n’est laissé au hasard et, dans le détail, de près ou de loin (il n’y a pas de règles), se dévoile délicatement le travail de Kiefer. La composition même de l’œuvre semble multiplier les hasards, les hésitations, les tentatives, les errances les plus instructives, jusqu’à ce que l’artiste réalise enfin que l’oeuvre est achevée, qu’elle impose l’évidence de son autonomie et que l’ensemble tient à ce fil invisible, suspendu à travers les étoiles, reliant le ciel et la terre.
La béance est omniprésente et les oeuvres d’Anselm Kiefer sont habitées par leur environnement, quelque qu’il soit. Les blockhaus sont ouverts sur le vide, les craquelures de ses peintures, les épaisseurs, le contact délicat de la tôle peinte sur la toile, dépassant parfois du châssis, permettent encore à l’air de s’immiscer pour circuler.
Le vide se fait alors substance et en soutient une autre, picturale, organique, minérale, infiniment poétique. Les matériaux deviennent essentiellement et substantiellement poétiques. Non Kiefer ne « tartine [pas] de la misère » (titre aperçu en feuilletant Beaux-Arts magazine qui avait fait, je crois, un point de vue pour où contre Kiefer ). C’est primaire d’imaginer chez Kiefer une intention aussi présomptueuse. Seul Zola a été capable de le faire et de se complaire dans une indécente et écoeurante description apologétique de la misère.

Anselm Kiefer part de ce que l’on ne nommera pas la misère mais le chaos. Un souffle glorieusement divin s’élève des ruines et de la destruction. Il construit et érige, dans la démesure, une profonde poétisation de l’espace qui renforce celle de l’esprit et du langage. Du haut de ses architectures bétonnées, règne l’espoir de la possibilité. Celui de tendre la main pour caresser le ciel, sentir sous nos doigts la poussière d’étoile et lorsqu’une échelle apparaît, dans les compositions picturales, à Paul Celan par exemple, c’est pour nous inviter à nous élever encore, à passer de l’autre côté du mur, au-dessus de la peinture. Qu’y a t’il derrière ? De l’autre côté ?
Les blockhaus n’ont pas de portes, il ne subsiste que leurs emplacements, tout est ouvert, rendu au monde, sorti de l’histoire. Vers quelle dimension allons nous voyager ? Vers Céline, Celan, Khlebnikov ? Quelle évidence, la présence du théoricien russe « zaoum » inspirateur de la « philologie suprématiste » comme expression du rapport au monde et incarnation du sentiment. Comme possibilité de s’extraire du monde pour atteindre sa quintessence.
Anselm Kiefer bat la mesure d’un instant suspendu aux carrefours de l’histoire, du temps et de l’espace. Il nous invite à tomber vers le haut, à nous élever en nous relevant, à sanctifier la position « magique » et tragique de l’artiste, de l’écrivain face à l’histoire.
La force de l’hommage qu’il rend à Louis Ferdinand Céline rappelle la brutalité virile de l’écrivain français, sa lucidité dans la tourmente de l’inoubliable Voyage au bout de la nuit. En fait, il n’y a plus rien à dire. Cette force est brûlante.
Comment extraire du chaos noir une matière poétique échappatoire ? Transformer une éventuelle imprégnation de l’être de l’étrange noirceur du monde, en force de création similaire à une pulsion démesurément mesurée ?
Anselm Kiefer a envahi l’espace du grand Palais pour rendre au monde ce qui lui reste et lui appartient, le rappel que la conquête de la beauté reste triomphante du chaos et de l’obscurité.

Carla Van der Rohe. 16/10/2007 Photographies de ANSGAR

dimanche 12 avril 2009

RELIRE PIERRE DESPROGES


Relire Pierre Desproges (1933-1988), vingt et un ans après son décès provoque d’incontrôlables fou rires mais nous permet surtout de nous rendre compte à quel point la liberté d’expression s’en est prise plein la tronche au cours des vingt dernières années. Dire aujourd’hui ce que Desproges disait il y a trente ans, quarante ans, nous amène direct en prison, sans procès, avec sur le dos toutes les associations communautaristes de France qui se plaisent à faire le jeu de la ghettoïsation qu’elles exècrent soit disant, a priori….Il faudrait peut-être penser à sortir des catégorisations primaires dans lesquelles on classe tout le monde, tout le temps, à la moindre occasion.
Vous souvenez-vous de "
La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède", du "Manuel du savoir vivre à l’usage des rustres et des malpolis", enfin, de "Vivons heureux en attendant la mort", du "Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis" etc…du célèbre adage "scanner à Noel, Pâques au cimetière"...

Voilà ce que, à titre d’exemple Pierre Desproges, qui préconisait d’ « insonoriser les andalouses », et de « jouer à colin-maillard avec un aveugle » pouvait dire (le choix est difficile) il y a seulement deux petites décennies :

«
C’est à cela qu’on reconnaît les communistes : ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d’objectivité. » (Pensons si vous le voulez bien à Marie Georges Buffet)

"Dieu merci, quand on se contente de penser au lieu d’écrire, on a parfaitement le droit de sauter du coq à l’âne, sans s’attirer des remarques désobligeantes.
J’aurais dû être dérouleur de pensées plutôt qu’écriveur de bouquins."

 « Aujourd’hui, c’est à vous que je m’adresse, chers enfants. Savez-vous, petits connards, qu’à l’âge où vous jouez aux billes comme des imbéciles, Wolfgang Amadeus Mozart, lui, avait atteint le génie ? »

«
Les français sont nuls. Pas tous. Pas mon crémier, qui veut voir la finale Le Pen - Marchais arbitrée par Polac à la salle Wagram, mais les français coincés chafouins qui s'indignent parce qu'on a dit prout-prout-salope dans leur télé. Changez de chaîne, connards, c'est fait pour ça, les boutons. Quand vous voyez trois loubards tabasser une vieille à Strasbourg-Saint-Denis, vous regardez ailleurs. Eh bien, faites pareil quand il se passe quelque chose dans votre téléviseur. »

«
Il faut toujours faire un choix, comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin ! »  

Tout ceci est de l'ordre de la citation alors pour les procès, je vous prie de bien vouloir organiser les procédures avec les ayant-droits.
Imaginons un tel discours aujourd'hui... Impossible. Vous souvenez vous du procès fait à Patrick Timsit ? Comment en sommes-nous arrivés là ? A la lecture de Pierre Desproges, on ne peut s'empêcher de constater la régression. Les uns diront que nous sommes dans un pays de fascistes, les autres dodelineront docilement sans souffler mot. Au mieux, on nous répondra qu'il y a toujours des humoristes...un peu limites tout de même. Tout à coup je me demande s'il n'y a pas échec total et cuisant de la démocratie. Simple constat. 
Vous souvenez vous encore, entre autre exemple, de l'affiche de l'exposition de Jean-Saul Partre qui a eu lieu à la BN en 2005 pour le centenaire de sa naissance ? La cigarette qu'il tenait entre ses doigts avait été effacée par crainte de plainte et de procès dans le contexte de la lutte anti-tabac. Je m'étonne qu'à ce jour on n'ait toujours pas pensé à une lutte anti-connerie. 
Je répète donc ma question : Que s'est-il passé pour en être arrivé à un tel point de régression qui nous amène au triste constat de la fin et de l'échec de la libre expression. "Pourquoi ? Pourquoi cette fausseté dans les rapports humains ? Pourquoi le mépris ? Pourquoi le dédain ? Où est Dieu ? Que fait la police ? Quand est-ce qu’on mange ?", Quand les Grandes Purges made in France ont-elle commencées ? Où trouvent-elles leur fondement ? Peut être dans ce jeu des communautarismes maladroitement mené qui engendre une telle multiplication de procès à tout va, que les journalistes et personnages publics - que j'ai l'habitude de critiquer - penseurs et écrivains, n'ont plus qu'à se la fermer, dépendants de structures de diffusion, aux sommets aseptisés pour ne pas dire supra-contrôlés. Les sujets tabous en France, en dehors de la cigarette, sont multiples et font aussi l'objet de récupération politique permanentes. Au sommet des luttes finales, après les retraites, l'éducation, les sans papiers ; le racisme qui a succédé dans notre pays à l'antisémitisme et l'homophobie, les droits de la femme. Je ne suis pas contre mais j'apprécierais une certaine tenue, une certaine mesure.
Pour lutter contre les mauvais et méchants français, Julien Dray, par exemple, l'homme aux trente bras pour pouvoir porter trente montres (c'est son droit), masquotte de l'horloger Breguet, a fondé l'association SOS racisme en 1984, avec entre autres, Harlem Désir. Qu'il y ait des cons racistes, homophobes, antisémites, misogynes dans notre pays ne fait aucun doute. L'inverse serait étonnant. Ce qui devient vite gênant, et est finalement devenu invivable, est qu'au nom de Droits de l'homme et de ces luttes qui catégorisent les individus de façon outrancière, on soit tombé dans quelques querelles d'extrêmistes de tous bords et que les communautarismes font finalement le jeu de ce qu'ils appellent "la haine". Ils activent donc ce qu'ils dénoncent au lieu de servir l'idéal républicain et démocratique que nos prédécesseurs ont eu la joie de goûter à la grande époque de Pierre Desproges, Coluche et Hara Kiri. 
Aujourd'hui, fini, terminé. Fin de l'histoire. Alors si tout cela est temporairement justifié, il me semblait utile de souligner que continuellement, perpétuellement et systématiquement, ça devient franchement lassant. 
Pierre Desproges, puisque ce post lui est consacré, n'était pas que drôle. Reflet d'une époque révolue où l'humour naissait de la subtilité, de la culture et de l'intelligence, avait déclaré bien avant l'heure du glas à laquelle nous sommes :  "J’adhérerai à SOS-racisme quand ils mettront un S à racisme. Il y a des racistes noirs, arabes, juifs, chinois et même des ocre-crème et des anthracite-argenté. Mais à SOS-Machin, ils ne fustigent que le Berrichon de base ou le Parisien-baguette. C’est sectaire. (…) Mais attention, il ne faut pas me prendre pour un suppôt de Le Pen sous prétexte que je suis contre tous les racismes. "
La presse ne joue-t'elle pas un rôle essentiel, en se soumettant, dans l'effondrement de la libre parole ? Récemment le Général Patton me disait :  
- "Vous rendez-vous compte Carla, les Tchèques croient encore que c'est l'URSS qui les a libéré...Pff, mon action compte toujours pour du beurre"
- "Et nous mon général...Nous avons longtemps été persuadés que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière...Pas de découragement s'il vous plait, et - franchement - lequel du Tchèque et du Français est le plus idiot ? Les Tchèques avaient la menace du goulag comme excuse. Les Français avaient Djack Lang à la culture "
Triste de fin n’est-ce pas ? Il faut parfois se souvenir, de temps en temps, comme ça, pour déconner, qu'il n'y a pas si longtemps la France savait rire…

Carla Van der Rohe - le 16 octobre 2007 (revu et complété le 18 janvier 2009)
A Mijo R., Laurent B. et Denis P., à Michel W., à François R., à Raphaël D.

Le site officiel : http://www.desproges.fr/

lundi 2 février 2009

MARIE SALLANTIN : LA PEINTURE A CŒUR PERDU


Peindre est un métier difficile. La peinture est un tour de force. Elle se fait et se défait, se compose, s’invente et s’imagine dans la tourmente de la solitude, dans la tension dualiste du cœur et du savoir. Etre peintre aujourd’hui, et le rester, est plus difficile encore. Précisément aujourd’hui, car quiconque « ose » utiliser la palette et le pinceau est écarté, évincé, sorti du monde et de l’histoire.

La peinture reste, pourtant, un miracle et ce miracle s’opère quand le tableau nous invite de lui-même à le contempler, à y pénétrer et à le visiter, en compagnie d’anges visibles ou invisibles, à y circuler au rythme des émotions et des vibrations qui lui ont permis de gagner son autonomie. 
L’œuvre échappe rarement au créateur. Si la rupture à lieu, c’est parce qu’elle est universelle, parle le langage du monde et s’offre, d’elle-même, précisément au Monde. 

Que devient le peintre ? Seul dans son atelier, face à ses tableaux qui s’apprêtent à vivre sans lui ? C’est pourtant lui, c’est elle, l’orchestrateur qui bat la mesure de la peinture à cœur perdu.

La peinture de Marie Sallantin est une porte ouverte sur un imaginaire ressuscité dans lequel nous sommes tous conviés. Et dans ses tableaux, monumentaux, j’ai trouvé ce que je cherche éperdument : une porte ouverte, en réalité une porte de sortie, vers un monde où la poésie littéraire est magnifiée. Ce monde c’est, peut-être, celui de Baudelaire où tout n’est que « luxe, calme et volupté », un monde, où, au cours d’un instant suspendu, je me suis sentie libre de vivre, d’aimer et de sourire, ce sourire aujourd’hui condamné, interdit, disparu des « images » que l’on nous donne à voir sans nous demander si nous en avons envie.

Marie Sallantin réussit, en s’inspirant de la littérature, de récits légendaires, à éviter le piège de la traduction picturale narrative, qui a souvent prévalu dans l’art figuratif occidental. Elle propose une visitation spirituelle des grandes odes au monde des hommes, celles qui ont toutes en commun l’objectif du Salut. Dans cette littérature nourricière, Marie Sallantin saisit et se nourrit de ce que les allemands appellent « Stimmung ». L’atmosphère est restituée par l’artiste en substance picturale, préparant elle-même ses couleurs et peignant à l’œuf. Ses interprétations récentes de la « Divine Comédie » donnent le ton d’une philosophie picturale philanthropique. Elle ne peut se résoudre à la damnation et ne peut insister sur la tension du condamné. Son petit peuple danse et s’apprête à s’élever. 

Ce petit peuple de Marie Sallantin, ses personnages, hommes et femmes, célestes et terrestres, historiques et mythologiques, cernés, dessinés, nous regardent parfois mais, surtout, nous invitent à participer à une célébration dans la nature, de la nature, celle des saisons qui se succèdent, de l’eau, du feu, de la lumière, de l’air qui circule entre les arbres, les anges, les nuages. Nous sommes conviés à une ascension, dans la légèreté de l’apaisement et l’élévation de l’esprit. Notre regard virevolte, tourbillonne, retient ces notations fugaces qui sont inscrites sur la toile comme le souvenir d’un moment qui risque de ne pas se renouveler. La peinture devient ce soulagement, cette possible sortie du monde, du temps et de l’espace pour un émerveillement soudain et inattendu. 

Et si les difficultés techniques, laisser la toile nue à cet endroit…faire vibrer le fond pour créer une lumière dans le blanc, animer cet ange… ? permettre à celui-ci de voler vers le fond du tableau ! installer Venus aux portes du paradis et insister sur le motif et sa représentation, ou au contraire saisir l’essentiel, dans une facture qui célèbre la beauté de la matière, la peinture de Marie Sallantin reste un soulagement. Elle est dansée, jouée, inspirée à l’artiste virtuose, peintre d’anges et de muses qui peuplent ces espaces originels inondé par quelques gouttes de soleil, par l’amour même de l’art. 

Marie Sallantin vit avec ces anges et Venus depuis quinze ans. Avant cela, elle a étudié, observé, accepté l’influence des peintres qui appartiennent désormais au patrimoine pictural mondial ; Delacroix, les Nabis, Bonnard de toute évidence. Tout simplement les peintres d’avant la débâcle et le chaos actuel. Des peintres pour qui la peinture était religion.

Puis un jour Venus est apparue. Le traitement de Venus contraste d’ailleurs souvent de précision avec l’imprécision ambiante et mouvante du « stimmung ». Marie vit donc, depuis quinze ans, comme elle le dit elle même « en compagnie de Venus » et tout, autour de la grâce féminine de la déesse, concourt à rendre compte de l’émotion, de la sensibilité évidente au monde et d’un rapport éminemment poétique entretenu avec le monde, décrit sur de la toile de lin. La peinture célèbre ce rapport poétique et Venus devient sa nouvelle allégorie, personnification désirable, sensuelle, saisissante, émouvante, vibrante de la beauté artistique, au point d’inspirer au regardeur des larmes de lumière.

Cette peinture enchanteresse est réconciliatrice avec l’idée que l’on se fait tous de l’art, à partir de sa définition originelle. 
Elle cristallise nos attentes et nos espérances, subit l’influence des astres, de la lune, pour sa spiritualité et son onirisme, Jupiter, pour la puissance du procédé, le corps à corps du peintre et de la toile, Mars, qui nous guide dans le combat à mener pour sa réhabilitation dans les consciences collectives actuelles, Saturne enfin, incarnant l’ignorance programmée et la destruction de ses moyens. 

Entrer dans le monde infiniment poétique de Marie Sallantin est une grâce, un cadeau du ciel. Nous voilà transporté par des angelots vers ces espaces oubliés de l’âme et de l’esprit humain.

Anne Malherbe expliquait, en 2006, à propos de Venus, dans l’œuvre de Marie : « Il ne s’agit donc pas (…) de peindre à nouveau frais des histoires mille fois contés, mais de capter la contemporanéité de Venus, d’en ranimer ce qui est capable encore de nous toucher et de nous instruire nous même. »

Pour Marie Sallantin, Venus incarne la grâce délicieuse de la peinture et de la beauté artistique. La contemporanéité est à, effectivement. J’y vois même une forme de subversion. Peindre, aujourd’hui, est subversif, tout comme aimer et sourire. 

Au final, la peinture de Marie Sallantin nous rappelle que l’art, la création par imagination, la célébration de l’homme dans le monde et dans la nature, dansant sous le regard bienveillant de Venus, déesse de l’amour, reste une consigne picturale. Celle qui rappelle aux hommes que le salut passe, peut-être aussi, par la contemplation de la beauté.

Marie m’a rappelé que la peinture est une histoire d’amour, et que cette histoire d’amour inspire un dialogue permanent entre les hommes. 

Seuls, les peintres d’aujourd’hui, ont gardé le pouvoir de nous le rappeler.

Carla Van der Rohe
22:11:2007.

mardi 13 janvier 2009

EXPOSITION DENIS POUPPEVILLE : GRAND CARNAVAL - LE SALON D'ART DE JEAN MARCHETTI, Bruxelles


Jean Marchetti expose depuis hier pour la cinquième fois le peintre français DENIS POUPPEVILLE, représenté à Paris par la galerie Béatrice Soulié. Grand Carnaval sera présenté jusqu'au 7 mars au désormais célèbre Salon d'Art de Jean Marchetti également réputé pour ses éditions La Pierre d'Alun (éditions de livres d'artistes). A cette occasion nous publions l'intégralité du texte de C. Waligora, dont un extrait figure au livret, tiré à 50 exemplaires sur Vergé. Le 174e édition de cet ordre pour cet amoureux des beaux papiers. Si Béatrice Soulié ne représentait pas l'artiste depuis de nombreuses années à Paris, nous pourrions imaginer (craindre ?) que la Belgique - une fois encore - à la si riche tradition picturale, après Rustin, préserve le génie de valoriser nos peintres. L'exposition est à voir, le choix des oeuvres précis. Un ensemble de 1993 à 2008 propose d'apprécier la carrière de cet ensorien convaincu, dont la culture picturale et la générosité verbale en ont, hier soir encore, enchanté et séduit plus d'un.  Toutes nos félicitations à l'artiste et à l'éditeur.
Carla Van der Rohe. A noter le prochain numéro de la revue Vernissages proposera un article de Laurent Benoist sur l'artiste, parution internationale le 13 février.
Jean Marchetti - Editions La Pierre d'Alun
8, rue de l'hôtel des Monnaies - 1060 Bruxelles
tel : +32(0)2 537 65 40 - http://www.lapierredalun.be - http://lapierredalun.skynetblogs.be
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30
Samedi 9h30 à 12h et de 14h à 18h

 THEATRE D'OMBRE ET DE LUMIERES
C'est un miracle, l'atelier de Denis Pouppeville. Son bestiaire anthropomorphe nous accueille dans quelques secondes de vies, restituées avec toute la force de l'imaginaire qui auréole sa perception du monde. La sagacité de l'artiste coïncide avec la richesse et la diversité de ses maniements chromatiques, d'une grand délicatesse. Il travaille à l'encre, à l'huile, à l'aquarelle, orchestrant chaque création de tous les matériaux qui épousent le support, en y réfléchissant une lumière crépusculaire. Ses opacités colorées animent le motif d'encre noire, qu'il trace avec une époustouflante virtuosité. 
Ce que ses oeuvres nous offrent, au premier abord, est l'inestimable, précieuse et rare sensation d'émerveillement, le sentiment d'une invitation dans aucun autre récit que celui de Denis, composé comme des Chroniques imaginaires de gens ordinaires, inspirées par le coeur même de l'artiste. Là, se déjouent, peut-être, les interrogations nées de son dialogue permanent avec le monde, mêlé au fantasme du souvenir d'enfance. 
Un souvenir d'enfance est une image qui combine le réel avec sa correspondance dans l'imaginaire et restitue une atmosphère, émotion qui parcourra ensuite le reste de nos vies.
Chacun de ses personnages, chimérique, correspond à une vie. Chimériques ? ils en ont l'apparence : visages à bec d'oiseaux, têtes de poissons, animaux anthropomorphes, arborant fièrement un haut de forme, clopant, buvant et partageant avec les hommes leurs futilités. N'est-il pas envisageable, après tout, qu'un poisson mène la danse, pour qui célèbre le triomphe du coeur et de l'esprit, source de toute force créatrice ? Que ce même poisson repose, un peu plus loin, l'air de rien, sur une tête qui le promène en société, dans ces espaces où une architecture brinquebalante stigmatise l'incessant renouvellement de tout ?
Les personnages de Denis Pouppeville sont encore et surtout des "pommes de Cézanne", prétexte de création à partir duquel toutes les interprétations sont possibles. Le gage d'une liberté de l'esprit. Le peintre peut, à sa guise, traverser des siècle de peintures et restituer en substance, toutes  les délicatesses du genre, celles des tableautins de plages et de jardins d'Ivan Pougny, dans les années 1920, celles d'Otto Dix, encore Permeke et Ensor pour l'invitation à observer un beau et grand carnaval, celui qu'impose le spectacle de l'humanité. Mais ses visages sont bien de lui, avec leurs expressions et ces gueules; ces gueules de tarés de pauvres, idiots et inconscients, qui se meuvent dans un espace où rien ne se passe de signifiant, scène de genre d'une inertie qui fait se croiser des destins familiers. Serait-ce une poétisation pure et colorés de la fausse commune de nos vie ? Le compte-rendu d'une observation lointaine et détachée du monde des hommes, d'hier et d'aujourd'hui ? 
Je me promène à l'intérieur, sur mon lac d'ennui. J'y fais des petites promenades joyeuses. 
Ces mots de Jules Renard pourraient nous accueillir à l'entrée du monde décrit par Denis Pouppeville. L'artiste doit-il à l'affligeante banalité de toute vie, la destruction même des frontières de l'esprit ? Car une fois passé de l'autre côté, la surface des êtres et des choses peut nous être contée avec tout l'amusement qu'une telle vision peut provoquer.
La vie, en effet, c’est du théâtre. Une belle et vaste mascarade. Un bordel permanent qui n’a ni queue, ni tête. Denis Pouppeville nous raconte peut-être ce seul et unique récit des Hommes entre eux. Vaste programme de description drolatique.
Louis-Ferdinand Céline les avait déjà décrit dans son propre bestiaire humain, en fanfare, d’ailleurs, pour déverser dans l’encre, une farandole de portraits plus précis les uns que les autrs, observant l’homme, dans son cas, comme la source d’une puanteur interminable. L’humanité à l’état pure, et rien d’autre, consternante de cupidité, elle est amusante de simplicité chez Pouppeville.
Mais les revoilà, fidèles à eux-mêmes, inchangés, renouvelant sans cesse le merveilleux spectacle de leur apathie, au cours d’instants de vie plus anecdotiques les uns que les autres, mais où s’inscrit peut-être le but incertain de leur incroyable destin.
La vie c’est du théâtre : Un sur cent pourra jouer son propre rôle, occuper sa place, avec le bon numéro. Dix contre un, le battront à mort et fêteront ça avec du pinard de soldat. On emmène à la morgue sur un brancard, un poisson dévoré. Baudelaire s’était, il y plus d’un siècle, vu comme cet albatros, vaste oiseaux des mers…victime de l’inconscience des fous.

L’histoire ne s’arrête donc pas là. Elle recommence ici. Les choses essentielles ne se cachent-elles pas au cœur des plus insignifiantes ? Mais ces êtres, que seul l’artiste à le pouvoir de révéler, ne font que passer. D’autres prendront leur place.

Ils ont tous les défauts de la terre, grandes dents, sourires concupiscents, formes généreuses pour ces putes de matelots qui s’offrent au regard, dans des tavernes sombres. Humanité des bas-fonds ? Ils sont bruyants, narquois, idiots, suffisants, ce sont des Tueurs de pauvres (un des titres de l'artiste), armés de couteaux prêts à s’octroyer un droit de propriété, pour rien, une boîte de sardine, une allumette, peut-être. Ils boivent, fument, dansent avec la mort qui participe à l’incessant abrutissement. Et tout à coup, ils deviennent innocents de leur propre crime pour une bonne et simple raison : ce sont des Hommes.

Ce sont des Hommes du bord de mer, peut-être. Ils naissent au Havre, où le rêve de l’artiste a débuté, et restent là, sur le port où se déroule ce spectacle troublant. Ce sont ces hommes aux bords de la mer, coupables malgré eux, de n’avoir jamais imaginé qu’ils pouvaient partir. C’est à cet instant que le regard de Denis Pouppeville se concentre sur eux pour les magnifier de leur plus bel atour, l’expression la plus pure et la plus pragmatique de leur humanité. Être un homme, tout simplement, et sans se poser de questions, sans conscience du bien, du mal, du beau, du laid… c’est peut-être là que commence le rêve.

Charlotte Waligora



vendredi 9 janvier 2009

LA FIN D'UN EPOQUE


Olivier Jullien, alias le Messie, est enfin arrivé à Paris, le 27 novembre 2008 avec cet article "Le triomphe des cyniques" qui a secoué le monde de l'art parisien. Le journal Le Monde éditeur du papier s'y est donc mis. Dernier article en date, publié le 8 janvier 2009, Le mobile art tchanel est orphelin, il part à la casse. Comme du mur de Berlin, j'en veux un morceau reliquaire. Effondrement du bloc de l'est à Paris ? J'applaudis des quatre nageoires pour reprendre une expression chère à Emma Ash.

Le kaiser sprate de la mode made in Frankreich abandonne enfin le projet de suppositoire géant qui transportait entre autres foutaises Calle et Buren (éclat de rire) et sur lequel j'avais parié, pardonnez moi, qu'ils finiraient par se le foutre au cul. CQFD, C'est fait. Je regrette de ne pas avoir parié sur la fonte du suppo et sur la présence de Calle et Buren que j'avais par ailleurs prédit. Le bazar volant ne s'est posé qu'à Central Park, les New-Yorkais ont visité. Fin de l'histoire. Ci-git le projet le plus fantastique que la France avait imaginé depuis la nomination de Fabrice Bousteau à la tête de Beaux-Arts Magazine et l'élection à la mairie de Paris deux fois de suite de Bertrand Delanoë. 
Alors voilà, nous sommes à un tournant, tournant décisif sur fond de crise économique, la presse parisienne so much sweety se lache et rebrousse son poil bien lisse, quitte le monde merveilleux de l'art contemporain version Boubous'. Echec et mat, mon bigorneau bilinguist a perdu le challenge de sa vie et notre curator national sort sans doute par la belle porte. Motif de "licenciement" officiel : "crise économique" contre "ton projet est à chier, c'est un bide total. On arrête les frais". Nom de code de l'opération selon notre correspondante Chanel, une contrepèterie : le cuisinier secoue les nouilles.
Me voilà orpheline. 
Je vais donc remplacer Boubouss' par notre pruneau national, Christophe Girard et Delanoë à l'égo surdimentionné auquel  on doit la Création, invention, imagination, inauguration du 104 dans le 19e arrondissement l'an dernier.
En effet, avec l’ouverture en grande pompe du 104, la mairie de Paris a parachevé l’établissement d’une politique culturelle socialiste où les objectifs sont tout sauf précisément culturels. La réflexion s’applique tout aussi bien à Martine Aubry et à la ville de Lille avec ses grandes manifestations prévues de Lille 3000. Les dirigeants socialistes de notre pays vont en réalité à l’encontre des visées populaires que le parti espère dialectiquement honorer depuis des lustres en visant une forme d’éducation populaire par la culture (copyright soviétique). 

Quand le 104 autrement appelé le CentQuatre avec une police ultra design, a été inauguré le dossier de presse annonçait qu'il présenterait des artistes finalement programmés depuis des lustres que peu de gens connaissent, first le duo barcelonais Jeleton qui, selon le site du 104, proposent des œuvres qui « cachent des histoires qui mêlent le banal au sublime. L’œuvre de Jeleton transcende ainsi les clivages entre les différentes catégories artistiques tout comme les frontières entre amateurs et professionnels. » Nous sommes ravis et c’est, comme toujours en dehors du CV tout ce que l'on a su des œuvres, même en les voyant. Bon…mais à part ça ? A part l'éternelle ritournelle d'arroser grassement les potes...Ce n'est pas moi qui ai inventé l'expression gauche caviar...

 Il fallait faire quelque chose de bon, quelque chose de bien parce que nous le valons bien, mais surtout quelque chose de moderne, exactement comme la pas du tout célèbre Cabine téléphonique de Sophie Calle installée sur le Pont du Garigliano (je veux savoir combien elle a coûté à la collectivité et combien de piétons empreintent ce pont par jour) qui est un flop royal. Pourquoi de telles nullités ? Pour le royaliste Delanoë, dont la mégalomanie est désormais légendaire en y réfléchissant bien...Ben oui... Evidemment...le vélib' pour la postérité c'était pas top. Les prédécesseurs Présidents de la République François Miterrand et Jacques Chirac  de Bertrand Delanoë ont rétrospectivement pensé la pyramide du Louvre et le musée du Quai Branly pour laisser trace de leur passage...Voilà pourquoi le 104 et il me semble inutile d'aller chercher plus loin. Alors l'année 2008 fut assez drôle. Et puis tout s'est effondré. Crise économique, dénonciation depuis novembre du "Financial Art", décrypté depuis des lustres par Aude de Kerros, créatrice de l'expression qui devrait sérieusement écrire pour Le monde 

Or, dans le quotidien le plus libre de France, c'est notre Pruneau national qui s'y est essayé. On croit rêver...L'hôpital se moque définitivement de la charité...

Allons nous rester les bras croisés à observer les retournements de vestons et surtout, la chute de cet empire ? La chute du monde de OUI-OUI et ses amis qui nous a tant fait rire ? NON. Je propose donc trois nouvelles mascottes pour 2009 : Adieu Bousteau, bonjour et bienvenu à Christophe Girard et Bertrand Delanoë chez la militariste fascisante réactionnaire que je suis (éclat de rire, rien de tout cela, juste du constat brut) et à notre pruneau pigiste au journal El mundo, professeur titulaire de chaire à Paris One, dont le nom ne sera que très occasionnellement cité. 
En effet, quand Philippe Dagen se prend pour un historien d'art ça fait des ravages, et ça fait vingt ans que ça dure. Retour cette année, ponctuellement entre Christophe Girard qui a accroché dans son bureau une photographie de lui nu (en image voici son c.. à gauche de la tête, ses cuisses et ses pieds - nous sommes ravis, c'est exactement ce que nous attendons de nos représentants), et Bertrand Delanoë, sur une carrière fulgurante, celle de la belle prune qui toute flétrie devint pruneau, des livres, pleins de livres ultra modernistes pour cet élève de Bernard Dorival, bras droit de Cassou le Rouge fondateur du MNAM (officiellement en 1947 - activité certifiée en 1942, visites organisées pour les Nazis), des articles, des réseaux de diffusion, choisies, sélectionnés adroitement. Une affirmation : Arthur Cravan n'est pas mort noyé. Bref, l'histoire d'une veste dont l'intérieur était doublée de vison. Affaires à suivre avec tous mes voeux.


Votre Carla Van der Rohe.

mardi 6 janvier 2009

VALENTINA KROPIVNITSKAYA RABINE


C’est Oscar Rabine qui nous accueille dans cet atelier photographié comme ça, par hasard, l'an dernier. Le tableau visible est d'Alexandre Rabine (Moscou 1952- Paris 1994). Cet atelier était aussi celui de Valentina Kropivnitskaya-Rabine, née à Moscou en 1924, devenue apatride en France en 1978, et décédée ce 23 décembre 2008. De son vivant, les œuvres de Valentina, dessinatrice, se dévoilaient, une à une, par la main d’Oscar Rabine, sous l’œil bienveillant de celle que nous appelions tous Valia. L’ensemble étant dispersé dans des collections particulières françaises et étrangères, il reste à l’atelier, les dessins préservés par sa volonté dans un carton, quelques autres encadrés, retournés. Nous ne parlions pas la même langue. Mais les langues qui nous opposent sont parfois inutiles. 

L’univers de Valentina était infiniment poétique. Ses bipèdes à têtes de biches, joueurs de flûte de pan cachés dans les entrelacs d’une épaisse végétation à l’abord d’églises, de routes, de maison en bois russes, y murmurent à peine, possèdent finalement sa propre discrétion. Les voilà assis près des lacs, sous ces cieux lumineux, à attendre peut-être la fin des bouleversements orchestrés par ces hommes d’à côté. Ceux qui ne les voient pas. J’ai appris son décès le 24 décembre. Dans la plus triste annonce de cette année 2008, il était écrit que nous ne l’oublierons jamais. En effet, comment oublier Valentina dans cet atelier, ce visage, ce sourire magnifique et ces yeux noirs, profonds, lumineux. Comment oublier sa vie, son histoire, cette traversée de l’URSS en tenant la main d'Oscar. Comment oublier ses dessins oniriques qui nous rappelaient nos coeurs et nos espoirs cachés entre les arbres, dans les brumes matinales moscovites, à côté d'un monde qui se transformait et oubliait l'essentiel ? Comment ne pas croire en l'Homme et à l'idée que le destin d'un homme triste et seul ne peut s'accomplir qu'aux côtés d'un coeur qui bat, celui d'une femme, de la femme simple, belle qu'était et restera Valentina Kropivnitskaya-Rabine ? 
La française que je suis est heureuse de l’avoir connue, rencontrée, et de l’avoir célébrée de son vivant. On m’a souvent demandé où j’avais trouvé la force de faire cette thèse déclarée "monumentale" ; « La Vie artistique russe en France au xxe siècle. L’Art de l’émigration (Peinture Sculpture) », soutenue un mois avant le décès de Valentina et d'où venait cette "effrayante" (??) colère Van der Rohène. Je l’ai toujours dit : C’est dans la puissance de l’œuvre de Vladimir Yankilevsky et dans l’atelier d’Oscar Rabine, lorsque mes yeux grands ouverts se jetaient avec émotion dans ceux de Valentina et que nos mains se rejoignaient pour un sourire qui ne faiblira pas, ignorant toutes les frontières, que l'obligation de finir, de soutenir, s'est imposée. 
Pour la colère, par décence, ici, je ne répondrai pas. Mais je suis heureuse d'avoir dédié cette thèse aux rares historiens et historiens d'art français qui sont restés objectifs, soucieux de témoigner pour les "premiers" et les "derniers". Enfin et bien évidemment "à Louis-Ferdinand Céline, contre ce Voyage au bout de la nuit que nous ne cessons pas de faire"
...En effet... 

Charlotte Waligora