L'actrice plasticienne Sarah Venturi (née en 1973, école d'art d'Avignon, Université Paris 8) s'expose à coeur ouvert
- du 1er avril au 3 juillet 2009 au cercle Clichy-Montmartre, 84 rue de Clichy (métro place de Clichy).
Visite du lundi au dimanche le matin sur rendez-vous
contact : 06 64 82 25 02
Mail : sarah-venturi@hotmail.fr
La pratique s’articule avec une réflexion sur le corps et le jeu, confrontés et risqués ensemble de façon radicale.
Le cercle Clichy Montmartre est un lieu mythique du jeu et plus encore du billard. En fonction depuis 1920, s’y côtoient les plus grands champions de billard français et américains. C’est là que j’ai choisi de vous présenter pour la première fois mon jeu d’as de cœur, constitué à ce jour de 220 as (technique mixte –feutre, encre, aquarelle…- sur papier). Aussi, le 1er avril dernier, le temps de l’ouverture de l’exposition, de 18h à minuit, je m’ex-peausais endormie par somnifère sur le billard n°8, pour l’action « Passer sur le billard », en écho à l’expression de ce nom, dont l’origine nous ramène à la bataille de Sedan, lors de laquelle les billards furent réquisitionnés comme tables d’opération.
Place Clichy, le 1er avril, les visiteurs et les joueurs se rencontrèrent et se mêlèrent donc autour d’un jeu d’as de cœur et d’un corps endormi, celui d’une femme qui « passait sur le billard à cœur ouvert ».
Le jeu d’as de cœur
L’as de cœur, carte de l’amour, carte du 1 solitaire qui porte en lui le 2 du duo, du couple, diastole et sistole du cœur humain. Carte la plus forte ou la plus faible, la plus fière ou la plus humble, l’as bat toutes les cartes dans une bataille alors que dans une partie de baccara ou de scopa il ne vaut rien. De même qu’au tarot on l’appelle le « petit ». Avec lui je joue des mots - « cœur serré » dans un serre-joints, tas de cailloux pour « cœur de pierre », mot cœur moqueur, rot cœur rockeur quand il s’échappe de ma bouche… Ses formes ventrues peuvent en épouser mille autres, alors il devient fesses, seins, visage, vulve ou goutte de sang, comme celui du Christ que recueillait le Saint Graal. Cœur en coupe, coupe à cœur, les cœurs sont d’ailleurs remplacés par des coupes dans les naipes (cartes espagnoles). Dans tous les courants spirituels, le cœur, comme l’as, porte en lui la notion de centre : trône de Dieu chez les musulmans, demeure de Brahma chez les hindous, siège de l’intelligence et des intuitions dans les civilisations traditionnelles, unique viscère des cadavres, conservée dans l’Antiquité égyptienne, pour aller sur la balance des Dieux. « Sacré cœur » !
Si je place mon cœur dans la nature, il devient arbre, nuage ou artichaut. Une tête de serpent, une armée de fourmis rouges en prennent les contours… Un corbeau le vole sous la forme d’un fromage, un rouge-gorge y guide le dessin de son plumage. Ses oreilles et sa pointe ressemblent à celles que dessine sur mon front l’implantation de mes cheveux. Alors je me faufile dans les dessins et je deviens clown… Je change de masque et je deviens gland… Je pose ma tête sous un sein et je retranscris son tam tam. « Tam tam tam … » comme on ferait « Toc toc toc …». C’est bien ici le Siège des sentiments ? Oui mais c’est justement pas toujours tendres les sentiments. Démon ou poison, je l’achève au bout d’une lame et quand il ne sait plus rire, j’en fais un suicidé au bout d’une corde.
Voyage, message ou oracle, chaque as de cœur s’offre comme support de rêverie. Le jeu complet peut permettre d’interroger son cœur, se feuilleter comme un livre, se distribuer en messages pour emmener l’autre sur la carte du tendre ou d’autres cartographie.
Au Cercle Clichy Montmartre, les as de cœur s’organisent en adoptant le schéma du labyrinthe, une réussite ou patience se jouant en solitaire avec un jeu de 52 cartes. Un labyrinthe est suspendu à chacun des sept miroirs de la salle de billard français (la plus ancienne). Le miroir lui sert ainsi à la fois de table de jeux, de cadre de scène et d’outil de lecture, puisque révélant au spectateur la face cachée de chacune des cartes. Le jeu des reflets et des lumières propre à l’objet, ajoute à la mise en abyme des « labyrinthes » qui mêlent dessins originaux, copies, doubles dos… etc...
Tous les objets participant au dispositif de cette exposition – miroirs, barres de suspension, fourrure, roses, lapins en chocolat… sont des échos à la symbolique de l’amour comme ils le sont de toute l’histoire de la vanité et de la vacuité.
Sarah Venturi
(c) photographique Sarah Venturi



























